SIGHA?

Avant de me lancer dans un long dépouillage de mes sources, je dois vérifier l’efficience de ma méthodologie en vue de parvenir à des résultats de recherche intéressants. Ce court article me permettra de présenter mes premières expériences méthodologiques avec mes sources principales, les annuaires d’adresses de la ville de Strasbourg.

Rappel de l’objet d’étude

En guise de rappel, mon mémoire portera sur l’évolution du système alimentaire à Strasbourg durant la période mouvementée de l’entre-deux-guerres (1919-1939). Il est ici question d’explorer les notions alimentaires de « système », « paysage », « désert » et « accessibilité », en plus des relations entre les différents acteurs économiques et sociaux. Cette recherche s’inscrit dans une approche mêlant géohistoire, histoire sociale, histoire économique et histoire alimentaire.

Système et méthodologie

Influencé par ma formation multidisciplinaire, j’ai pris la décision d’orienter ma méthodologie autour de l’approche systémique. En effet, la conjonction entre les systèmes d’informations géographiques (SIG) et les systèmes alimentaires (SA) nous mènent nécessairement à un autre système. Dans La modélisation des systèmes complexes (1995) de Jean-Louis Le Moigne, l’auteur explique que le système complexe est un réseau d’interrelations devant être étudié dans ses interactions et dans sa globalité plutôt qu’en effectuant la somme de ses composantes. Par complexe, il fait entre autres référence à la difficulté de définir les frontières du système, et ce, face à des « externalités ». Par exemple, l’objet principal de l’histoire, le temps, n’est pas directement accessible au chercheur, car il lui est nécessaire d’utiliser les traces (sources) qui restent pour peindre au mieux un « vraisemblable » historique. Dans notre cas, il ne faut pas voir le système comme un élément rigide et dogmatique, mais simplement une façon différente de regarder les interactions socio-économiques et les comportements alimentaires à travers le temps.

Le système que nous étudions est en réalité une jonction entre le système d’information géographique (SIG) et le système alimentaire (SA). Le premier est un réseau d’interrelations entre des informations de nature géographiques, donc le modèle ou bien la représentation d’une réalité terrestre. Le second est, selon le fondateur de l’économie agroalimentaire, Louis Malassis, « la manière dont les hommes s’organisent, dans l’espace et dans le temps, pour obtenir et consommer de la nourriture » . Les travaux ultérieurs de Malassis et de ses successeurs intellectuels sont centrés sur l’aspect économique de ce système. Pour autant, ce système peut, et doit, être analysé plus globalement, en incluant le culturel, le sociale, le politique, l’environnemental, le technologique… Cette réalité multidisciplinaire est d’ailleurs tout l’intérêt du courant des Food Studies, mais aussi de la compréhension de l’alimentation comme un « fait social total». La conjonction entre le SIG et le SA devient, dans le cadre de mon mémoire, un « système d’information géographique historique de l’alimentation » (SIGHA). Pour faire court, je souhaite simplement concevoir un système qui prendra en considération l’alimentation dans ces processus temporels, géographiques et sociaux, comme l’évoque le slogan de mon blogue. Cette idée de SIGHA n’est pas entièrement définie, mais elle ne pourra pas simplement se cantonner à la structure du système d’information géographique.

Mes premiers essais

Pour parvenir à la réalisation du SIGHA de Strasbourg durant l’entre-deux-guerres, je crois nécessaire de commencer par tester les étapes de ma méthodologie à petite échelle. Ces expérimentations me permettront entre autres de cerner les risques et les contraintes auxquels je ferai face tout au long de mon mémoire.

En ce qui concerne la présente expérimentation, je souhaite voir comment se déroulera l’ajout des acteurs (ou agents) alimentaires dans le SIGHA. J’ai pris la décision de tester avec un seul type d’acteur (sur plus de 150), soit les entrepôts et grossistes de bières, et pour cinq années (sur vingt-et-une), soit 1920, 1925, 1930, 1935 et 1939.

J’ai rogné la liste des entrepôts de bières dans les différents annuaires, puis j’ai utilisé l’océrisation (reconnaissance optique de caractère) pour en extraire le texte. J’ai testé plusieurs logiciels et plateformes en ligne, mais, n’ayant pas arrêté mon choix, je n’en dirai pas plus là-dessus. L’océrisation était suivie par la mise en forme des données dans un fichier CSV. J’ai alors répété l’expérience pour les différentes années couvertes. Au terme de cette océrisation, j’obtiens fichier CSV contenant environ 190 entrées, incluant des informations comme le nom, l’adresse, le quartier ou encore l’année.

Une fois le fichier CSV nettoyé (l’océrisation n’étant pas parfaite), j’ai utilisé l’API de la Base Adresse nationale du Gouvernement français. Je peux simplement y téléverser mon fichier CSV, sélectionner les champs composants les adresses, puis lancer l’opération. Quelques secondes plus tard, je peux télécharger le fichier CSV résultant. Le fichier contient entre autres la longitude et la latitude en WGS 84 (EPSG: 4328), mais aussi des champs permettant la vérification du géocodage. Après la vérification, quelques adresses doivent être cherchées manuellement. Ces erreurs de géocodage s’expliquent essentiellement par le fait que certains noms de rue ont changé ou encore que les rues ont disparu.

Étant donné que la carte interactive qui résultera de ce mémoire n’est pas encore développée, j’ai décidé de vous montrer le résultat à l’aide d’un GIF. Pour ce faire, j’ai importé mon fichier CSV et un fond de carte dans QGIS, puis j’ai exporté mes cinq cartes en utilisant le composeur d’impression. Finalement, j’ai importé les cinq cartes dans Gimp et généré un GIF animé de 5 secondes (voir ci-dessous). Cette expérience m’a permis d’observer les risques et les contraintes que je pourrais rencontrer durant la réalisation de mon SIGHA. Par contre, cette expérience me donne confiance dans la pertinence et le potentiel de ma recherche. À suivre!

Vectorisation des entrepôts et des grossistes de bières à Strasbourg pour 1920, 1925, 1930, 1935 et 1939. (la précision de la localisation sera améliorée par la création de bases de données relationnelles des informations spatiales)

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